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Critique

Il est enrichissant de regarder les toiles de Rosario dans la douceur d'une lumière discrète.
C'est là que ses toiles se révèlent sans se dévoiler ; même si l'on ne voit pas tout, l'énergie
des couleurs et des formes s'impose comme une présence mystérieuse, secrète, presque
palpable, juste un peu évanouie. C'est assez dire que la lumière vient du dedans des tableaux.
Du plus profond de l'intensité des couleurs qui nous donnent à voir des traces, des empreintes,
des cicatrices, des ouvertures possibles. Traces énigmatiques de hautes civilisations disparues, ouvertures du fond des océans par où s'échappent des laves d'incandescence.

Il y a beaucoup de vigueur dans ces compositions risquées, dans ces stridences dominées
de couleurs voisines. Il y a beaucoup de spiritualité dans ces invitations aux voyages et
à la méditation. Les toiles de Rosario sont exigeantes ; ce sont des épiphanies, jamais des trompe-l'œil.

Mais dans ces somptueux emportements, Rosario n'oublie pas de contester l'esthétiquement correct, la vision unique. C'est un jeu pour elle que d'assembler différemment huit petites toiles ;
"et, si c'était plutôt comme cela ?" - semble-t-elle nous dire "ou plutôt ainsi ?"
"et si j'enlève deux toiles ?" Et à chaque fois, il y a cohérence mais elle est diverse.
Elle vient du regard ironique de l'artiste sur une œuvre en perpétuelle transformation.
Dans ses "Ménines", Velasquez se recule un peu devant sa toile et il nous regarde et on ne sait pas ce qu'il peint. Mais en même temps, nous voyons son tableau fini qui s'interroge lui-même
et nous interroge, nous spectateurs. Où sommes-nous dans cette histoire ? Il y a de ce doute dynamique, impétueux, mouvementé, baroque pour tout dire, dans le travail que Rosario nous propose aujourd'hui.

Beaucoup de choses restent à venir, le surgissement lent d'un continent nouveau dans cette
coulée de blanc entre des bleus profonds de gorges abyssales. Beaucoup de choses restent à dire. A l'écoute du chant profond de Rosario, nous sommes remplis d'attentes et de confiance.

"L'art est une route qui finit en sentier, en tremplin, mais dans un champ à nous" (René Char)

 

Raymond Tétart
Chargé de cours " Histoire de l'Art "
Université de Provence

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